La Restanque

La restanque


Mur de pierres sèches qui soutient les cultures au niveau supérieur en évitant l’érosion de leur fondation.


Ce site n’a pas d’autre ambition.

 visites


Alice s’était assise sur le canapé à côté de maman Mari qui se mit à lui lire l’histoire d’Alice au Pays des merveilles. Elle ferma les yeux, bercée par les paroles de sa maman.

Do, le tigre en peluche qui l’accompagnait partout, lui murmura à l’oreille : « tu t’ennuies ? Et si nous partions au Pays du Soleil levant ».


1
Alice et les fleurs méchantes

Cette journée de juillet avait été chaude. Alice était fatiguée après avoir dansé longtemps dans l’appartement. Son tutu brillant tournait magnifiquement. Elle s’était assise sur le canapé à côté de maman Mari qui se mit à lui lire l’histoire d’Alice au Pays des merveilles. Alice n’était pas étonnée que l’héroïne ait le même prénom qu’elle ; sa meilleure amie s’appelait aussi Alice. Un prénom assez beau pour mériter d’être porté par de jolies petites filles.

Alice regarda le livre et, comme elle ne voyait aucune image, elle se demanda quel plaisir il y avait à lire une histoire qui ne montrait pas, avec des dessins, les personnages et le cadre de leurs aventures. Elle ferma les yeux,  bercée par les paroles de sa maman.

Do, le tigre en peluche qui l’accompagnait partout, lui murmura à l’oreille : « tu t’ennuies ? Et si nous partions au Pays du Soleil levant ».

Alice sursauta. Le Pays du Soleil levant ? Mais c’est très, très loin. Il faut prendre l’avion pour s’y rendre.

Do lui dit qu’il connaissait un passage secret pour y aller en moins de deux minutes. Mais il fallait, pour le trouver, manger pas moins de trois bonbons. Alice fouilla dans sa poche. Par chance, elle y trouva trois petits oursons en guimauve.

Revoir grand-mère Yoko, qu’elle appelait Kuchan, et Jiji, surnom de son grand-père Takamasa, sans oublier tante Emi et le chien Roméo, oui cela lui plairait beaucoup.

Que Do sache parler, cela n’avait rien de bizarre puisque elle-même lui tenait de grandes conversations. Que ce soit en français ou en japonais, ils n’étaient pas toujours d’accord. Des discussions animées s’engageaient, mais finalement c’était Alice qui avait tout le temps raison.

Après tout, n’était-elle pas un peu sa maman ? Elle le nourrissant à la cuillère, le lavait et changeait, au besoin, sa couche.

Do sauta du canapé et se dirigea vers la porte d’entrée en jetant des regards à Alice. Allait-elle le suivre ? Il lui dit de se dépêcher, il ne fallait pas perdre de temps s’ils voulaient être de retour pour le dîner.

Alice se leva et regarda sa maman qui continuait à lui lire le conte d’Alice au Pays des merveilles. Elle arriva près de la porte d’entrée, sa maman n’avait pas bougé. Son papa n’était pas là, il était sorti faire des courses. Alice se dit que deux minutes pour aller au Pays du Soleil levant, deux minutes pour en revenir, et pas plus de dix minutes pour embrasser sa famille japonaise, elle ne serait pas longtemps absente, on ne s’en apercevrait même pas.

Elle allait tourner la poignée de la porte, quand Do lui dit que ce n’était pas nécessaire, il lui montra un petit trou, qu’elle n’avait jamais remarqué, près du placard à chaussures. Un trou de souris. Do y entra. Alice était étonnée qu’il ait pu se faire si petit, mais Do était capable de faire tant de choses étranges.

Elle s’accroupit près du trou de souris et, comme par miracle, elle se retrouva dans un jardin plein de fleurs qui inclinaient leur corolle en lui disant : « bonne journée, Alice ».

Alice était polie, elle leur répondit : « ohayo, hana » parce que cela lui paraissait évident que des fleurs aussi belles pouvaient comprendre le japonais.

Sans réfléchir, elle se baissa pour cueillir une rose qui lui semblait magnifique.


— Non, mais ! Elle est folle celle-là ! cria la rose. Elle ne sait pas que je suis aussi vivante qu’elle ! Elle veut m’arracher à mes racines ! Que sait-elle de la culture des roses ? Je suis même plus cultivée qu’elle ! Je suis attachée et fidèle à la terre où je suis née, et je n’ai nul besoin de courir un peu partout comme cette Mademoiselle Alice.

En entendant ces mots, les autres fleurs dressèrent la tête.

— Que dit cette petite fille ? Elle veut nous éliminer ? Mais pour qui se prend-elle ?

Alice se défendit en disant que ce n’était pas vrai. Elle avait simplement pensé que la rose serait appréciée par maman Mari et qu’elle serait comme une belle étoile rouge dans un joli vase soliflore sur la table basse du salon.

— Belle destinée ! crièrent les fleurs en chœur. Avoir les pieds dans une eau glacée, loin de nos amies, loin de notre terre natale. Et nous nourrir de quoi ? Trop d’eau à boire et rien à se mettre dans le ventre. Elle veut nous affamer, nous réduire en esclavage. Une vie de misère ! Toujours ces êtres qui se croient importants et qui méprisent ceux qui leur semblent inférieurs.




En entendant ces mots, des fleurs jaunes qui n’avaient pas élevé la voix jusqu’alors, se manifestèrent dans un grand tapage.

Il y avait des tournesols, des millepertuis, des jonquilles, des crocus. Toutes ces fleurs s’agitaient en criant.

Alice eut l’impression de voir une troupe de « minions », ces petits personnages de dessins animés qu’elle appréciait beaucoup.


Que lui reprochaient-elles ? Dans leurs protestations confuses, elle crut comprendre qu’elles avaient des revendications, toutefois trop variées et contradictoires pour mettre toute la troupe d’accord. Elles se bousculaient, les unes refusant aux autres de s’exprimer en leur nom à toutes. Elles ne se mettaient d’accord que sur une seule critique, la façon dont les méchants humains jugeaient leur couleur jaune.

— On en a assez d’entendre que nous avons des tas de défauts. Ce ne sont que des bêtises répétées par des humains qui ne réfléchissent pas. Et pourtant, ce sont nous qui sommes jugées stupides et ignorantes. Nous n’avons peut-être pas fait d’études, mais nous sommes capables de raisonner bien mieux que ces animaux prétentieux sur deux pattes, et de voir ce qui bon et ce qui est mauvais. Nous voulons exister ! Que les gens nous respectent ! Nous sommes jaunes, et alors ? D’après eux, ce serait la couleur de la misère et du mensonge ; ils disent que c’est une couleur éteinte et triste comparée à l'or.

— Je n’ai jamais dit ça, s’écria le bouton d’or en croyant qu’on l’accusait.



Il s’était tu jusqu’alors, pensant que cette querelle de clochettes ne le concernait pas.

— Mais pas du tout, répondit Alice. Je ne l’ai jamais pensé ! Je vous assure que j’aime la façon dont vous éclairez le jardin par votre couleur et votre gaîté. Vous me faites penser au soleil et à la joie de vivre.

— Que raconte-t-elle ? s’écrièrent les fleurs. Elle veut nous faire prendre de bonnes graines de tournesol pour de mauvaises cacahuètes ?


La rose reprit la parole pour affirmer que les humains n’aimaient les fleurs que pour décorer leur maison et leur jardin. Les fleurs s’empoisonnaient alors dans les maisons polluées et dans les jardins pleins d’engrais chimiques.


Les fleurs, en colère, se penchèrent sur le sentier pour faire tomber Alice qui devait sautiller pour éviter les fleurs grimpantes. Le chèvrefeuille, le volubilis, la clématite et la glycine lançaient leurs lianes pour lui faire un croche-pied.




Pendant ce temps, Do ne s’était pas attardé. Il avait sauté une barrière au fond du jardin et attendait qu’Alice fasse comme lui.

Elle réussit à échapper aux fleurs.

Discipline : Roman jeunesse         Parution :  26 avril 2019

Format : 120x190 mm     Nombre de pages : 96

ISBN:   978-2-312-06614-1

Aperçu

––––-–-RETOUR––––––-

Dans le fichier Dilicom des libraires, et sur Internet