La Restanque

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Roméo et la perruque

C’est en regardant Yoko, sa maîtresse, se coiffer que Roméo pensa qu’il serait bien plus beau avec de longs poils sur la tête.

Il trouvait son crâne, non pas chauve comme un œuf, mais tout de même un peu ras de poils, alors que tout son corps avait une fourrure longue et soyeuse. Il n’osait pas se plaindre, car comment exprimer l’envie de ne pas être tel que la nature l’avait fait. Il était assez intelligent pour comprendre que ce désir était extravagant. Mais il y pensait tout le temps, au point d’éviter de se regarder dans les vitres et les miroirs, tant sa tête finissait par lui déplaire.

Un jour, un ami de son maître Takamasa, vint à la maison. Roméo aimait bien observer les nouveaux venus. Celui-ci était très sympathique ; il avait une bonne tête et, surtout, une superbe chevelure brune qui couvrait ses oreilles et sa nuque. Roméo se disait qu’il en avait bien de la chance cet homme. Si seulement, lui aussi, avait pu naître avec une telle touffe de poils sur la tête.

Takamasa et son visiteur, après avoir parlé et bu un petit verre de saké, sortirent dans la rue. Le vent soufflait très fort. Takamasa dit au revoir à son ami et rentra dans la maison, car il avait froid. Roméo voulut rester un moment dans le jardin pour regarder l’homme s’éloigner. C’est alors que l’incroyable se produisit. Une bourrasque arracha la chevelure de l’homme. Elle s’envola comme un oiseau en agitant ses mèches. Roméo vit un crâne lisse et blanc. Le pauvre homme, se dit Roméo, je comprends qu’il n’ait pu s’accepter ainsi.

L’homme courut après ses cheveux. Mais le vent était trop violent. La perruque, disparut au coin d’une rue. L’homme renonça à la poursuivre, et s’en alla en pestant contre ce vent mauvais farceur. Roméo décida alors qu’il allait la lui chercher cette perruque. Il fit le tour du pâté de maisons. La perruque était restée accrochée à une branche d’un arbre. Roméo aboya en direction de la perruque. Espérait-il l’impressionner et la faire repartir plus loin où il pourrait l’attraper ? Nul ne le sait. Toutefois, un chat, sur une autre branche de l’arbre, le regardait s’agiter. Il comprit que le chien voulait récupérer ce machin. Il dit à Roméo, parce que les chats et les chiens ont un langage commun : « qu’as-tu à t’exciter comme ça pour une touffe de poils ? Serais-tu devenu fou ? »

Roméo répondit que c’était les cheveux d’un ami et qu’il voulait les lui rapporter.

— Et tu souhaiterais maintenant que je t’aide en décrochant ce machin pour te le donner, n’est-ce pas ?

— Exactement, si cela ne te gêne pas trop.

— Oh, non ! Je peux le faire, mais qu’aurais-je en échange de ce service ?

— Euh, j’ai enterré un bel os près d’ici ; il est à toi si tu le veux.

— Un os ? Pour qui me prends-tu ? Je suis bien plus gourmet que toi, et je n’ai rien à en faire de ton os.

— Bon, je peux te donner un jouet en caoutchouc qui fait pouët pouët quand on le mord.

— N’importe quoi ! Ça, c’est pour les bébés. Tu n’as rien d’autre ?

Roméo réfléchissait, il y avait bien la jolie peluche que Mari lui avait apportée de Paris, mais pour rien au monde, et même pas pour une perruque, il ne s’en séparerait.

Le chat avait une idée.

— Si tu veux avoir la moumoute du monsieur, il faut que tu cries très fort, pour que tout le monde t’entende : « J’adore les chats, je les admire. Et je reconnais qu’ils sont mille fois plus intelligents et malins que les chiens ! » Comment Roméo pouvait-il dire une chose pareille ?

Le bruit de la discussion avait attiré des chats et des chiens. Les chats étaient sur les branches de l’arbre et les chiens entouraient Roméo. Les chats criaient : « alors tu le dis, espèce de chien rase-mottes ». Les chiens, de leur côté, disaient : « Roméo ! Tu n’as pas intérêt à dire cette phrase. C’est l’honneur de tous les chiens qui est en jeu. Tu ne vas pas t’humilier devant ces miteux pour récupérer cette touffe de poils ». C’était un drame pour Roméo.

Mais le devoir avant tout, et l’honneur de sa race canine était plus important que la perruque.

Il déclara au chat : « Tu peux garder la perruque, moi je m’en vais. » Et Roméo partit, l’air méprisant, entouré par les chiens qui le félicitaient pour sa décision. Mais au fond de lui, il était triste d’abandonner une si belle perruque.

Plus tard, dans la soirée, quand tous ceux qui avaient assisté à la discussion étaient repartis chez eux, Roméo revint sous l’arbre pour vérifier que la perruque était encore là.

C’est alors qu’un pigeon vint picorer la chevelure, croyant qu’elle cachait quelque chose à manger.

Déçu de ne rien trouver, il balança la perruque sur le trottoir. Roméo s’en empara, et revint joyeux chez lui. Il s’empressa de se couvrir la tête avec la perruque et attendit que Yoko, Takamasa, Emi et Mari disent qu’il était vraiment plus beau comme cela.

Mais ce ne fut pas ce qu’il espérait. Tous les quatre éclatèrent de rire, en disant qu’il était un vrai clown. Mari lui enleva la perruque et l’embrassa sur le crâne. Roméo comprit que le plus important c’était d’être aimé tel qu’il était.

Discipline : enfance         Parution :  12 août 2016

Format : 150x230 mm     Nombre de pages : 224

ISBN:   978-2-312-04624-2

Aperçu d’un conte

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