La Restanque

La restanque


Mur de pierres sèches qui soutient les cultures au niveau supérieur en évitant l’érosion de leur fondation.


Ce site n’a pas d’autre ambition.

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À la Réunion, lorsque les créoles se réunissent pour entendre des histoires, le conteur prend la précaution de demander à son auditoire s’il est disposé à l’écouter en posant la question rituelle :

Criké ?

et l’auditoire de répondre :

Craké ! ...


Contes, récits, les histoires vécues ou fabuleuses se succèdent. Elles sont l’expression d’une population qui a choisi l’humour et l’imaginaire pour supporter l’adversité.

Comme dans les fables, les personnages sont le plus souvent représentés par des animaux.

Ces histoires, étant destinées aux jeunes enfants, sont adoucies pour les accompagner à l’heure d’aller au lit.




Le lapin qui voulait une maison

Criké ?

Craké ! ...


Il y a très longtemps, à une époque où les animaux savaient encore parler comme toi et moi, un lapin, très malicieux, adorait jouer des tours à tous les autres animaux. Et quand l’un d’eux voulait l’attraper pour le punir, le lapin se sauvait ailleurs. Il se baladait partout dans l’île de la Réunion, mais il n’avait aucune maison à lui.

Un jour, il fut fatigué de cette vie de vagabond qu’il menait depuis longtemps. Il voulut alors avoir un endroit bien à lui pour se loger, comme tous les autres animaux.


Il alla donc trouver le roi des animaux et lui demanda la permission de bâtir sa demeure.

Le roi lui dit :

— Mon petit lapin, tu as beaucoup trop ennuyé les autres animaux avec tes mauvaises plaisanteries. C’est pour cela que je ne t’ai jamais donné un endroit pour te loger. Comme je suis gentil, je veux bien oublier tes mauvais tours et te permettre de bâtir ta maison, mais à une condition : tu devras m’apporter dix poils du dos d’un sanglier, un lézard blanc-gris et du lait d’une vache sauvage. Quand tu auras réuni tout cela, tu iras sonner la cloche à l’église de Saint-Pierre pour que je sache que tu as réussi.


Le roi des animaux savait que le lapin aurait beaucoup de difficultés à accomplir ce qu’il lui avait demandé. Et si par hasard il y arrivait, il y passerait beaucoup de temps et laisserait ainsi les autres animaux tranquilles.

Le lapin partit à la recherche d’un sanglier. Il le rencontra dans la plaine, un beau matin.

— Bonjour, sanglier, lui dit-il.

— Gron, gron, lui répondit le cochon sauvage. Écarte-toi de mon chemin si tu ne veux pas que je te donne un bon coup qui t’enverra à cent mètres.

Car le sanglier connaissait le lapin et avait été lui aussi victime de ses mauvais tours.

— Ah oui ? dit le lapin. Je resterai devant toi sur ton chemin, tu auras mon derrière devant tes yeux. Essaye un peu de m’attraper si tu peux, je cours mille fois plus vite que toi, pauvre grosse barrique.


Le sanglier, furieux, courut derrière le lapin pour l’attraper et lui donner un bon coup. Mais le lapin courait trop vite, le sanglier ne put jamais le rejoindre. Au bout d’une heure, il était épuisé ; il se coucha par terre en bavant de fatigue. Il ne pouvait plus bouger. Le lapin en profita pour lui arracher dix poils de son dos, pas un de plus.

C’est depuis ce jour-là que les cochons ont le poil rare.


Maintenant, se dit le lapin, il faut trouver un lézard blanc-gris. À cette époque dans l’île de la Réunion, les lézards blanc-gris n’existaient pas.

Le lapin coupa un bambou assez gros pour se glisser dedans, et se rendit chez le lézard vert.


— Salut, lézard vert, je te parie ce que tu veux que tu ne peux pas passer dans ce bambou aussi bien que moi. Regarde.

Et en disant cela, il passa à travers le bambou.


— Tu n’es pas un peu idiot ? répondit le lézard vert. Je suis bien plus mince que toi, je n’aurai aucune difficulté à le faire.

— Alors, fais-moi voir, répliqua le lapin.


Le lézard vert entra dans le bambou et, dès qu’il fut à l’intérieur, le lapin boucha les deux bouts du bambou. Le lézard était pris au piège.

— Ah, s’écria très fort le lapin pour que le lézard l’entende. Aujourd’hui, je vais manger un bon petit lézard vert rôti.

— Qu’est-ce que tu fais ? pleura le lézard.

— J’allume un feu sous le bambou, pour te faire cuire comme dans une papillote.


Le lapin fit semblant d’allumer un feu, il perça un petit trou dans le bambou pour regarder dedans. Il vit que le lézard vert avait eu si peur qu’il avait changé de couleur et était devenu blanc-gris.


C’est depuis ce temps-là que certains lézards ont perdu leur couleur verte, qu’ils se cachent dans les maisons et ne sortent que la nuit, car ils ont honte. On les appelle des margouillats.


Il restait encore au lapin de ramener du lait de vache sauvage. Mais comment traire une vache sauvage qui ne se laisse pas faire ?

Il prit une corde et partit chercher une vache sauvage. Il en trouva qui mangeait de l’herbe près d’un piédboi.

Il savait que la vache était très orgueilleuse.

— Vache sauvage, lui dit le lapin, tous les jours tu racontes partout que tu es très forte et que rien ne peut te résister. Qu’est-ce que tu paries que tu n’es pas capable de renverser ce piédboi d’un seul coup de tête ?

—  Tu parles trop, dit la vache sauvage, écarte-toi et regarde ; et, tête baissée, elle s’élança contre le piédboi.

L’arbre était si solidement enraciné qu’aucune de ses feuilles ne trembla. La vache sauvage avait frappé avec une telle violence que ses cornes, qui étaient bien droites, s’enfoncèrent dans le tronc et restèrent fichées malgré tous ses efforts pour se libérer.

Le lapin, prestement, lui lia les pattes arrière avec sa corde, il lui prit son lait et partit.


Ce n’est que longtemps après que la vache sauvage put retirer ses cornes qui s’étaient tordues dans le choc. Et c’est depuis ce temps-là que les cornes des vaches et des bœufs ne sont plus droites.


Il restait au lapin l’épreuve la plus difficile à passer : sonner la cloche à l’église de Saint-Pierre. Le curé de l’église était particulièrement méchant avec les animaux et surtout avec les lapins qui grignotaient les bancs de l’église. Certains, comme l’illuminée du Cap Méchant, disaient même que ce curé était le diable en personne.

Il fallait donc pouvoir éloigner le curé.


Il alla trouver une famille de rats, et leur dit que le curé de Saint-Pierre cachait dans la sacristie une grosse balle de riz de vingt kilos. Les rats se faufilèrent dans la sacristie et crevèrent le sac de riz. Ils firent des allers-retours pour apporter le riz dans leur maison.

Le curé les avait entendus. Il se précipita dans la sacristie et voulut les chasser, mais ils étaient si nombreux qu’il ne savait pas comment faire. Il crut qu’une malédiction avait frappé l’église.


Le lapin arriva alors et dit au curé :

— C’est la révolution des rats. C’est le diable qui est derrière tout ça. Il faut sonner le tocsin pour avertir toute la paroisse, afin que les croyants arrivent vite pour chasser ces rats diaboliques. Donnez-moi la clé du clocher, je vais faire tinter le bourdon pendant que vous attendrez vos paroissiens !


Le curé lui donna la clé ; le lapin monta dans le clocher, il se saisit de la corde qui pendait du bourdon et se mit à sonner en chantant :

— Ding, dong, mon cher roi des animaux, vous entendez sonner la cloche de l’église de Saint-Pierre, n’est-ce pas ? Ding, dong ! J’ai réussi toutes les épreuves, je vais avoir une maison à moi !


Le roi des animaux lui dit :

— Tu as réussi toutes les épreuves, c’est bien et je te pardonne. Tu construiras ta maison, et tu l’appelleras « garenne ». Mais, comme tu as souvent été méchant, il faut que je te punisse. D’abord, tu ne sauras plus parler aux autres animaux, ainsi tu ne pourras plus les tromper et te moquer d’eux. Ensuite, tu ne mangeras plus ni viande, ni poissons, ni charcuteries, ni œufs, ni fromages, et même pas de chocolat au lait. Tu ne te nourriras que d’herbes, de légumes et de fruits.


Et c’est depuis ce temps-là que les lapins sont devenus végétaliens et ne parlent plus.


Le lapin construisit sa maison en chantant :

« C’est moi, Lapin de garenne, qui ne mange que des brèdes, des chouchous et les petites herbes que me donne ma maman. C’est moi, Lapin de garenne qui, maintenant, ne fait caca qu’en petits grains. »




Discipline : enfance         Parution : août 2016

Format : 120x190 mm     Nombre de pages : 210

ISBN:  978-2-312-04644-0

Aperçu d’un conte

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