La Restanque

La restanque


Mur de pierres sèches qui soutient les cultures au niveau supérieur en évitant l’érosion de leur fondation.


Ce site n’a pas d’autre ambition.

 visites

Récits          Parution :  02/02/2016

Format : 120x190 mm     Nombre de pages :  486

ISBN:     978-2-312-04165-0

Ce volume reprend 18 nouvelles déjà publiées dans « Solitudes » et « Oscillations », en les actualisant.


Un dimanche, seul

Un crime au pied levé

Le fou de port

Les homards

La loterie du boulanger de Sant-Antounin

La petite fille du parc Montsouris

Le peintre oublié

Le tableau du Batave

Le légionnaire kabyle

La concierge n’est plus dans l’escalier

Le libre choix des rêves

Le repas en famille

Les trois vieux sur un banc

Himéros est mort

La chute

Le bon sens

La femme du rat

Le percepteur érotomane

Résumé

Aperçu de la première nouvelle


Un dimanche, seul


J’avais demandé au pharmacien s’il existait un produit qui, appliqué sur une plaie, laissait une cicatrice bien visible. Il avait ri et m’avait répondu qu’à part l’acide sulfurique, il ne voyait rien d’autre. J’aime bien parler avec Monsieur Cohen, il a une nette préférence en littérature pour les romans picaresques et drolatiques. Il est capable de citer des paragraphes entiers des romans de René Fallet. Mais ma question n’était pas anodine, cela faisait plusieurs mois que j’avais envie de briser l’harmonie trop fade de mon visage. Je ne supportais plus son manque de caractère.

Mon enfance insouciante à Paris, rue Rambuteau, ne m’avait pas préparé à vivre ailleurs. Mes copains habitaient près de chez moi ; je connaissais tous les commerçants du quartier, et eux me saluaient par mon prénom. C’était agréable, sans surprise. Le week-end, je m’aventurais sur les boulevards ou au Quartier Latin pour regarder les filles et aller au ciné.

Et puis, mon père nous quitta alors que je venais de passer le bachot. Ma mère ne travaillait pas. J’ai passé des concours administratifs, il n’était pas concevable de poursuivre des études. J’ai eu la chance d’être reçu au concours de secrétaire de mairie, avec le grade d’adjoint administratif de cadre C. Cela ne vous dit peut-être rien, mais sachez que la paye en fin de mois permet uniquement d’éviter de mourir de faim. Il m’a fallu ensuite écrire aux mairies qui disposaient d’un emploi vacant. Une seule a accepté ma candidature, la mairie de la commune de Bouzille-sur-Auxences. La civilisation est passée à côté de ce village sans se douter qu’il y avait là, tout près, six cents âmes, éparpillées dans des campagnes muettes autour d’un tout petit bourg. C’est le grand Ouest.

J’avais passé des vacances avec mes parents à Saint-Jean-de-Monts, il avait fait beau et la région m’avait plu. Bouzille n’est pas au bord de la mer, mais vu de Paris, j’avais l’impression que je pourrais y aller facilement. Grave erreur.

J’ai accepté le poste et je me suis retrouvé un lundi matin dans le bureau du maire, Monsieur Pasquier, un brave paysan, qui, sans faire de façons, m’a montré le bureau où j’exercerais mon métier. C’était loin de ce que j’avais espéré. Une table en bois qui avait eu à subir l’impatience de mon prédécesseur, une chaise bancale, deux fauteuils dépareillés pour les visiteurs, des classeurs aux rideaux roulants trop fatigués pour tenir debout, un poêle à charbon. Et le sempiternel porte-manteau perroquet calé contre un mur pour compenser la perte d’un pied.

Dans le bureau attenant, ouvert au public, Madame Truche, une femme d’un âge avancé officiait derrière un comptoir. J’ai vu dès le premier contact que je lui étais antipathique. Je sus plus tard qu’elle espérait occuper mon poste après trente ans de présence assidue à la mairie, mais elle ne possédait pas le fameux sésame, le certificat d’adjoint administratif. Elle avait bien essayé de passer un concours interne, réservé aux anciens ; cependant, définitivement fâchée avec l’orthographe et la grammaire, elle n’avait pas pu franchir l’obstacle.

J’espérais que le maire mettrait à ma disposition un logement de fonction, comme tous mes collègues des autres communes. Malheureusement, celui, dont j’aurais pu bénéficier, servait de dépôt d’ordures. Il menaçait ruine. Le maire, persuadé que je m’installais pour des années, me conseilla de faire comme mon prédécesseur : acheter dès que possible une maison avec un jardin. Possession conforme au statut de fonctionnaire municipal, et indispensable pour la famille que je ne manquerais pas de créer ; l’école avait besoin de peupler ses classes.

J’ai cherché une location, je n’ai trouvé qu’une chambre chez une petite vieille que le veuvage avait laissée sans ressources. Son mari avait été cordonnier, métier fort peu lucratif dans un aussi petit village. Pour faire bouillir la marmite, il trouvait un complément d’argent dans la vente des poissons qu’il pêchait avec succès dans l’Auxences ou dans la Vienne.

Ma logeuse s’appelle Germaine Guesnon, ce qui la fait surnommer « la guenon », avec cet humour rustique qui caractérise la campagne. Ma chambre est celle du couple qui n’a jamais eu d’enfant. Mme Germaine a fait son lit dans la cuisine. Pas de salle de bain. Je me lave dans une cuvette, au fond d’un cagibi. L’eau est à prendre, été comme hiver, à la fontaine à bras dans la petite cour, à côté de la cabane aux besoins naturels. J’ai tout à réapprendre, je fais un bond en arrière d’un demi-siècle.

Le pharmacien m’a posé cette devinette que je connaissais déjà, mais, pour lui faire plaisir, je n’ai rien dit.

– Si on vous annonce que demain ce sera la fin du monde, qu’est-ce que vous feriez en attendant.

– Euh… je prendrais une bonne cuite et j’irais déclarer ma flamme à la femme du boulanger de la rue Rambuteau ; elle a ce qu’il faut où il faut.

– Ah bon, fantasme d’impubère ? Non, moi je resterais bien tranquille ici.

– Ici ? Pourquoi ?

– Parce qu’ici on a cinquante ans de retard.


Je n’ai pas de voiture. Pour rejoindre un début de civilisation et les douches publiques qui en sont l’élément fondateur, il faut prendre le bus pour Bressuire qui passe rue de la République à sept heures du matin. C’est le seul de la journée.

J’y suis allé, aujourd’hui samedi, faire quelques emplettes, et notamment acheter un cutter, un bidon de déboucheur de W.-C. et une bouteille de cognac. Je n’ai pas voulu faire mes commissions chez l’épicier du village, il se serait étonné de mes achats et en aurait parlé à tout le monde.

Le soir, en rentrant, j’ai vu Madame Germaine, dans son coin habituel, derrière sa fenêtre, à commenter, à voix basse pour elle-même, les allées et venues sur la petite place devant la mai-son. Je suis resté un moment à l’écouter me dire qu’untel était allé à la pharmacie en face. Elle essayait de deviner quelle maladie avait motivé l’achat de médicaments.

Il y a de quoi faire un roman avec cette vie en miniature qui agite la place, entre la pharmacie, l’épicerie à gauche, la fleuriste à l’aplomb de la fenêtre de Madame Germaine. Il y a aussi l’agence bancaire qui n’ouvre qu’une demi-journée par semaine, le jeudi matin, et l’ancienne quincaillerie qui a été transformée en logement tout en gardant sa vitrine d’exposition occultée par un rideau.

C’est là qu’habite ma collègue de la mairie, Madame Trucmuche comme l’appelle ma logeuse. Le soir, elle prend le frais, quand le temps le permet, assise sur une chaise devant sa porte. C’est un excellent poste d’observation pour surveiller ses administrés et faire au maire un rapport de la plus haute importance.

Ces commerces vivotent. Ils avaient dû être prospères quand le village comptait plus de deux mille habitants. Et puis, peu à peu, après la guerre, les jeunes sont partis vivre à la grande ville, comme on dit par ici, Bressuire, Parthenay et même La Roche-sur-Yon.


Je me suis couché tout habillé sur le lit. Je regarde le plafond écaillé. Qu’est que je suis venu faire dans ce trou perdu ? Est-ce que je méritais une telle destinée, alors que je ne rêvais que d’aventures dans des pays ensoleillés au-delà des mers ? Questions habituelles qui me mettaient mal à l’aise, avec comme point d’orgue : pourquoi m’être livré lâchement à cette médiocrité ? Sans doute une solution de facilité pour survivre, simplement manger.


Il faudrait que je change la bouteille de gaz du radiateur. Cela peut attendre, on est au milieu du printemps. Le matelas est trop creux, mou ou compact selon les endroits, sans doute trop âgé, la laine à l’intérieur mériterait d’être recardée. Le bois de lit sent l’encaustique. Madame Germaine a conservé l’habitude de cirer les meubles tous les mois, une manière de se prouver que la vie continue.

J’attends que la cour soit noire derrière la porte-fenêtre. Je descends par l’escalier extérieur remplir mon broc d’eau à la fontaine et me soulager dans la cabane. En ressortant, je croise la fille de la grosse fleuriste. Elle loge dans le magasin. Il y a une porte au fond, qui lui permet d’utiliser les commodités de la cour. Sa mère habite une autre maison au coin de la rue. Elle me dit bonjour en baissant les yeux. Elle a un gros complexe à cause d’un strabisme convergent. Elle a pourtant des traits fins, un corps parfait ; il ne faudrait pas qu’elle devienne comme sa mère. Pour peu que l’on ne s’attarde pas sur son regard louche, c’est une très belle fille de dix-huit ans. J’ai envie de lui parler plus longuement, mais je vois qu’elle attend que je parte pour entrer dans la cabane. J’espère ne pas y avoir laissé trop d’odeurs.


J’ai replié les volets. En pyjama, j’ai allumé dans le cagibi de toilette. Au-dessus de la cuvette, en tirant la peau, je me fais une estafilade sur le front et sur la joue droite avec le cutter. Ce n’est pas très douloureux, plutôt crispant. Le sang perle à peine. J’écarte un peu les bords, le sang coule sur mon visage et tombe dans la cuvette. Je regarde les gouttes qui éclatent sur la surface de l’eau et la teinte de rouge. Je m’éponge avec la serviette de toilette. Elle sera bonne à jeter. J’ouvre le bidon de déboucheur de W.-C. dont l’étiquette met l’utilisateur en garde contre les risques de brûlure et d’intoxication. J’imbibe la serviette de ce liquide qui pue, je noue un torchon sur mes yeux pour les protéger, je respire profondément et je serre les dents. Je me tamponne les coupures. La brûlure est horrible. J’ai du mal à retenir mes cris, mais je continue à mouiller mes plaies de cet acide. Je lâche la serviette pour agripper, plié en deux, la table de toilette. Enfin, je me sens vivre pleinement. La douleur, comme la détresse, est utile à prendre conscience que l’on existe.

Le choc est passé. Je me rince les mains et je laisse tout dans la cuvette. J’avale deux comprimés d’antalgiques. Je me couche en gémissant, la nuit va être pénible. Allongé, je débouche la bouteille de cognac et je la bois.


Tout le monde parle de moi en disant le parisien, comme si c’était une tare ou un sujet de plaisanterie pour les rustauds du village. Mon absence d’accent du cru les fait rire. Je suis un extraterrestre peu au fait des us et coutumes des gens d’ici, une sorte de handicapé en milieu hostile. Il n’y a que Monsieur Cohen, le pharmacien, qui me comprend. Il est rapatrié d’Algérie, et juif de surcroît. Deux particularités qui en font, définitivement, un étranger non assimilable par les habitants de cette France profonde. Pourquoi est-il venu s’enterrer dans ce bled ? Il a perdu son officine à l’indépendance de l’Algérie ; ses petites économies ne lui ont pas permis d’espérer acquérir autre chose que ce fonds en liquidation perdu dans la cambrousse. Il a eu beaucoup de mal à se faire accepter par les villageois. Une rumeur, mettant en garde contre les risques d’empoisonnement, était répandue par la malveillance raciste. Il avait survécu pendant un an sans clientèle. Et puis, sa jovialité, son bagout aimable et la gentillesse de sa femme ont fait des miracles. Ils sont toujours considérés comme des étrangers bizarres, mais, finalement, c’est bien plus commode et moins onéreux de se fournir chez eux plutôt que d’aller à Bressuire. Leur fils va à l’école du village ; les premiers jours, les enfants lui avaient demandé de montrer ses pieds nus, pour voir s’ils étaient effectivement noirs.

Le lit tangue. J’ai envie de vomir. La douleur est toujours présente, maintenant elle est lancinante. Elle est mienne, elle fait partie de mon visage, et je la ressens dans tout mon corps. Elle cogne au rythme de mon cœur. Je n’ose ouvrir les yeux, je sais que je verrais le plafond tourner. Ça évolue, je ne suis plus qu’un front et une joue : la souffrance, si localisée, a insensibilisé mon corps.


Je ne sais pas danser. Je ne suis jamais allé dans les bals organisés le samedi soir dans la salle des fêtes des villages aux alentours. C’est pourtant la meilleure des manières de rencontrer des filles, et pourquoi pas l’âme sœur. Certains disent que j’ai des mœurs spéciales, sans aucune preuve. À défaut d’un sujet de conversation digne d’intérêt, il leur faut en inventer. Si c’était vrai, cela serait su dans ce petit bourg où chacun surveille son voisin. Les mauvaises langues disent, et ma collègue de mairie n’est pas la dernière, que, si je vais à Bressuire, c’est pour y retrouver un compagnon. D’autres disent que ce sont les putes, derrière le cloître Notre-Dame, qui m’attirent. Non, j’y vais pour prendre une douche bien chaude, faire les vitrines en regrettant celles de Paris, et m’évader dans des rêves, attablé au café de la Poste.

Je ne suis pas homosexuel et je n’ai jamais fréquenté les prostituées. Ce n’est pas que je n’en aurais pas besoin, mais je n’ai pas osé. Timidité ? Peut-être, ou l’effort impossible d’entrer en contact, de m’enquérir du prix, de pénétrer dans une chambre sordide, de me déshabiller devant elle, de faire une petite toilette dans un lavabo et de passer quelques minutes à m’agiter sur un corps étranger et indifférent. Tout ça pour une brève secousse de plaisir. J’aurais peur, une fois le premier pas franchi, étant excessif en toute chose, de prendre des habitudes, et peut-être de tomber amoureux de la fille de joie.

L’an dernier, je me suis cru obligé d’assister au bal du 14 juillet, sur la place de la mairie, le maire me l’avait conseillé fermement. Il y avait la fille de la fleuriste assise à côté de sa mère. Personne ne l’invitait. Je voulais le faire, mais je craignais d’être ridicule. Je l’ai dit, je ne sais pas danser, mais cela n’aurait pas été important, les couples se dandinaient de façon grotesque, comme s’ils avaient encore leurs sabots aux pieds. J’hésitais, j’aurais dû le faire, inviter la fille de la fleuriste, et ainsi éviter que la grosse épouse du maire vienne me saisir la main et m’entraîner de force sur la place. L’orchestre jouait un rock. Comme je lui disais que je ne savais pas quoi faire, elle avait entrepris de m’apprendre à sautiller. Visiblement, c’était sa façon de danser le rock. J’avais honte, mais elle, qui avait déjà trop bu, riait fort, heureuse de se lâcher. À plus de cinquante ans, elle semblait vouloir profiter pleinement de tous les plaisirs qui lui étaient encore possibles. L’orchestre s’était arrêté de jouer. J’avais voulu revenir contre le mur en attendant de me décider à inviter la fille de la fleuriste, mais la femme du maire me tenait fermement par la main. Je cherchais son mari, il n’était pas là. Un slow se faisait entendre. Elle s’était collée brutalement à moi ; avec sa petite taille, j’avais ses cheveux sous mon menton. Je lui ai dit, pour me dégager, que je devais voir son mari. Elle m’a répondu qu’il était en train de se soûler au café avec ses copains chasseurs. Il n’était déjà plus en état de m’écouter.

Ses gros seins prenaient appui sur mon ventre, elle collait ses cuisses contre les miennes ; et puis, elle m’a dit, en levant la tête, que je devais l’accompagner jusqu’à sa voiture pour aller chercher un châle, la nuit devenait fraîche et l’obscurité lui faisait peur.

Elle me précédait et tournait la tête à chaque pas pour s’assurer que je la suivais. La voiture était garée derrière la mairie dans un emplacement discret réservé à son époux. Qu’a-t-elle voulu me faire comprendre ? À ses regards et à ses sourires, voulait-elle s’assurer qu’elle pouvait encore plaire ? Inquiétude d’une femme mûre ? Comme un pauvre mâle, je m’étais mis en tête qu’elle allait me faire des propositions cochonnes. Non, c’était un ultime jeu de séduction sans conséquence. J’étais soulagé. Je suis revenu sur la place. La fleuriste et sa fille étaient parties.


J’ai dû m’endormir, car le réveil indique déjà quatre heures trente-cinq. La douleur a diminué, mais j’ai l’impression que mon visage est enflé. Je n’ose pas le toucher. Quand il fera jour, je regarderai dans le miroir du cagibi le résultat de mes coups de cutter. J’ai un mal de crâne épouvantable ; je prends, de nouveau, deux comprimés de l’antalgique très efficace que j’ai conservé depuis ma luxation du genou. Qu’est-ce que je vais raconter à Madame Germaine quand elle me verra ? Je resterai tout ce dimanche dans la chambre, j’aurai le temps de trouver une explication plausible.


Je me demande si Trucmuche n’est pas allé s’imaginer je ne sais quoi avec la femme du maire, à nous observer danser si serrés. Elle me regarde bizarrement depuis le bal du 14 juillet. Ce qui est gênant, c’est que Madame Pasquier vient de plus en plus souvent à la mairie discuter sous divers prétextes avec son mari. Ensuite, elle fait le tour des bureaux et ne manque jamais de me lancer des regards appuyés. Ce n’est que mon interprétation. Elle veut simplement être aimable, mais je ne peux me débarrasser de l’idée qu’elle attend, pour passer à l’offensive, le départ en vacances de Trucmuche et que je sois seul. Cela ne saurait tarder, le guichet ferme en août, et Trucmuche en profite pour aller chez sa sœur au bord de la mer.

Il faudrait que je trouve le moyen d’épuiser ma libido pour éviter ces idées fixes sulfureuses. Il y a bien la boiteuse qui fait ses courses à l’épicerie en même temps que moi. On raconte que son mari est toujours saoul et qu’il n’est plus capable de la satisfaire. Elle fait semblant de trébucher, à cause de sa hanche abîmée, et s’appuie contre moi entre les gondoles de l’épicerie. Elle s’excuse et me regarde longuement. Elle a un joli visage, mais elle me paraît un peu sale. Elle habite une ferme à l’entrée du village, au lieu-dit Les Fougères. Une grosse ferme dont elle a hérité. Son mari est, paraît-il, au plus mal. Madame Germaine, qui sait tout sur tous, parle d’une cirrhose. Il va être hospitalisé. Pourquoi ne pas rendre visite à la boiteuse, quand il ne sera plus là ? Trop compliqué. À pied, ça se verrait et ça ferait jaser. Après tout, elle doit aimer son ivrogne de mari. Ne pas prendre mes fantasmes pour des réalités.


J’ai envie de pisser. Le réveil indique cinq heures quarante-huit. Je pourrais me soulager dans la cuvette, je l’ai déjà fait, il me suffit le lendemain d’aller la vider dans la cabane et de la laver à la fontaine. Mais il me faudrait aller dans le cagibi et je ne veux pas me voir, pas encore. Je ne pourrai pas m’empêcher de lever la tête vers le miroir.

J’ouvre les volets sans faire de bruit, et je descends dans la cour en m’agrippant à la rampe rouillée, j’ai des étourdissements. Je suis assis sur les marches, à attendre d’avoir la force de continuer. Je glisse degré après degré. À quatre pattes, je traverse la cour. Un effort immense. Je me redresse pour ouvrir la cabane, et je m’écroule à plat ventre à l’entrée, la tête sur la porcelaine des W.-C. à la turque. Je vomis.


À dix-huit heures, je sors de la mairie. C’est Trucmuche qui ferme les portes, elle tient à montrer à tous qu’elle reste bien au-delà des horaires de travail, et surtout plus tard que moi. Elle ne fait rien de spécial en attendant ; elle regarde tourner les aiguilles de la pendule. Le maire s’en fout, il n’est jamais là à cette heure. C’est le moment où je fais mes courses pour le dîner. À midi, je reste au bureau ; malgré sa vétusté désolante, je me sens loin de ce village de ploucs. Calé dans mon fauteuil, les pieds sur la table, je rêvasse. Je feuillette le Bulletin des Communes qui publie les postes vacants. Je me suis donné quatre ans à passer ici, avant de demander une affectation dans une région civilisée. J’espère revenir à Paris. Ici, je suis le chef, enfin, disons le chef d’une équipe de deux. Là-bas, je ne serais plus qu’un sous-fifre. Mais c’est Paris.


Je me suis réveillé couché à l’entrée de la cabane. Mon visage me brûle. Je me redresse sur les coudes. Je ne crois pas que je vais pouvoir me lever. Ça tourne. Une voix demande.

– Est-ce que ça va ? Qu’est-ce qu’il vous est arrivé ? Est-ce que je peux vous aider ?


Je tourne la tête vers la voix, je tombe sur le côté. C’est un peu trouble, je reconnais la fille de la fleuriste.

– Je ne sais plus. J’ai dû glisser et m’affaler. Je me suis sans doute cogné contre la porcelaine des W.-C.

D’avoir parlé, j’ai un haut-le-corps. Je ne veux pas vomir devant la fille. J’arrive à me mettre à genoux. Je sens mauvais. Mon visage est maculé de dégueulis. Mes coupures me brûlent atrocement.

– Vous êtes blessé. Il faut appeler un médecin.

– Ce n’est rien. Je n’ai pas vu la vitre et je suis passé à travers. C’est superficiel.

– Vous ne pouvez pas rester comme ça. Je vais vous aider à vous relever, venez au moins au magasin. Il faut désinfecter vos plaies. Mais ce serait mieux de voir un médecin.

– Ne prenez pas cette peine, ça va aller.

– Vous ne tenez pas debout. Allez, ne soyez pas ridicule.

– Quelle heure est-il ?

– Sept heures et quelques. Je vais bientôt ouvrir le magasin.

Finalement, c’est bon d’être pris en charge. Elle me soutient et m’emmène dans la boutique de fleurs. Ça sent bon. Elle me dit que sa mère s’est absentée comme toutes les fins de semaine, pour retrouver son ami à Bressuire. J’ai perçu l’animosité de ses paroles.

Elle me fait ôter ma veste de pyjama, et après m’avoir nettoyé le visage, délicatement, elle soigne mes coupures en fronçant les sourcils. Elle s’applique à fermer les paupières de son œil dévié. Ainsi, son strabisme étant assez dissimulé pour ne pas focaliser mes regards, je m’attarde sur les détails de son visage. Ravissants. Puis, je baisse les yeux sur sa poitrine que ses gestes font délicieusement ballotter sans contrainte dans la chemise de nuit. Je m’attarde sur ses hanches assez rondes pour donner l’espoir d’y poser les mains ; j’ai la confirmation, grâce à ce déshabillé révélateur, qu’elle est très belle.

J’ai envie de le lui dire, mais quelque chose me retient. Peut-être le ton aigre qu’elle m’a révélé pour parler de sa mère. Je ne pense plus à ma douleur. Le parfum de son corps, mêlé à celui des fleurs, occupe totalement mon esprit. J’ai une terrible envie de la prendre dans mes bras, de l’embrasser et de me fondre dans sa douceur.

– Si vous ne vous faites pas poser de points, vous allez avoir des cicatrices.

– Ce n’est pas grave, je n’aime pas mon visage trop lisse.


Elle ne me comprend pas. Elle se trouve laide et n’admet pas que je veuille m’enlaidir, alors qu’elle m’a toujours trouvé joli. Elle le dit sans être gênée. Elle n’aurait pas dû me dire cela. Je lui prends les mains, et je lui fais une déclaration d’amour enflammée qui me surprend moi-même. Elle est mignonne, mais je n’aurais jamais imaginé en arriver là. Est-ce ma déprime ? L’alcool qui me fait perdre mon bon sens ? Le besoin de me faire mal, ce dimanche ? Tant pis, c’est dit.

– Ne vous moquez pas de moi.

Non, je ne moque pas de toi. Bien sûr, ton strabisme me gêne, mais ton visage et ton corps sont gracieux et attirants, pourquoi un petit détail gommerait-il tout le reste ? Maintenant que je me suis engagé aussi loin, je ne sais pas trouver les mots pour faire marche arrière.

– Regardez-moi. Vous ne me trouvez pas moche ? Et ne mentez pas, je vous en supplie !


Oui, tu es belle avec tes dix-huit ans et ton corps de sirène. Et puis, le strabisme, ça s’opère, je l’ai lu dans un magazine. Après tout, cette fille n’est pas une mauvaise affaire, elle héritera du magasin de fleurs. Qu’est-ce qu’il me prend ? Je n’ai jamais été intéressé ; est-ce la mentalité paysanne qui me pervertit, moi aussi ?

– Vous savez bien que je louche. Bien sûr, je pourrais me faire opérer, mais je me reconnais trop dans ce visage depuis dix-huit ans pour en vouloir un autre. C’est moi, avec mes défauts, et je ne souhaite pas être différente. Je ne tiens pas à voir le regard des autres changer.


Elle est gentille, mais elle sait bien ce qu’elle veut. Son strabisme l’a isolée, l’a ramassée, l’a durcie, lui a façonné un caractère à toute épreuve. Jeune adulte, elle éclot avec ses certitudes et une détermination mûrement réfléchie.

– J’ai bien compris vos regards, depuis que vous habitez au-dessus, et même l’autre jour au bal du 14 juillet. Timide, hein ? Vous n’en avez pas l’air pourtant. Je vous plais vraiment ? Je n’arrive pas à le croire.

– Je ne vois pas en quoi ce serait extraordinaire, vous êtes belle, intelligente. Ce n’est pas un petit détail physique qui m’empêcherait de vous aimer.

– Et vous allez peut-être me dire aussi que vous voulez m’épouser ?


Quoi ? Holà, pas si vite ! A-t-elle si longtemps attendu d’un homme des mots gentils pour le laisser passer son chemin sans tenter sa chance ? Comment peut-elle croire que je serai le bon ? Faut-il qu’elle ait si peu confiance en son pouvoir de séduction pour sauter sur la première occasion ? Je ne suis pourtant pas très ragoûtant ce matin. Ou alors c’est ma solitude qui l’a émue. Elle a dû croire découvrir en moi comme un reflet de ses chagrins. Croit-elle que deux personnes meurtries peuvent mieux supporter la grisaille ensemble, et rendre leurs jours plus lumineux ?

Enfin, oui, pourquoi pas petite fille, au point où nous en sommes, et j’ai tant besoin de sentir ton corps contre le mien, oublier ce monde qui me fait horreur avec sa mesquinerie, son hypocrisie, sa bêtise. Oui, pourquoi pas, aujourd’hui, dimanche, m’aliéner totalement à toi, à tes bras, à tes cuisses. Dans un village perdu comme Bouzille, le mariage serait-il donc la préoccupation majeure des filles ? Grosse différence avec ce que je connais à Paris.

Sans le vouloir, elle a appuyé un peu fort sur la plaie. Tant mieux, je commençais à ressentir un drôle de trouble dans mon ventre.

Elle parlait de mariage ? Où j’en suis ? Où m’entraîne-t-elle ? Elle me prend le menton pour me faire tourner la tête et voir si je saigne encore. Elle est satisfaite de son travail. Elle me regarde en souriant. Et brusquement, elle m’embrasse sur les lèvres. Un effleurement, sans plus. Elle n’a jamais embrassé un amoureux comme il faut. Je la fais asseoir sur mes genoux, j’ai envie de l’embrasser, mais je dois avoir une haleine de hyène. Ce sera pour une autre fois. Elle ne dit rien, elle semble heureuse. Croit-elle avoir gagné le gros lot, avec un pauvre type comme moi ? Pourquoi une telle illusion ?

– Tant pis, j’ouvrirai le magasin plus tard, aujourd’hui.


Et elle rit en basculant sa tête en arrière, comme si c’était une bonne farce. Elle a les réactions d’une gamine qui découvre ses cadeaux de Noël. Je ne sais pas quoi dire. Elle a un cou adorable. Elle m’embrasse dans les cheveux. Elle a peur de me faire mal, elle pose sa tête sur mon épaule. Je l’entends vaguement chantonner. Je n’en reviens pas de rendre quelqu’un si heureux. Et sans rien faire de particulier ; au contraire, je dois être horrible à regarder.

J’ai posé ma main sur sa cuisse et je remonte en soulevant sa chemise de nuit. Elle se redresse et me regarde intensément.

– Tu veux qu’on le fasse ? Je préférerais attendre le mariage.


Elle en est déjà au tutoiement. Ah, oui, bien sûr, l’intimité s’est installée. Je n’insiste pas, ne pas la brusquer. Je ne veux pas lui déplaire. Pas déjà. C’est vrai que j’ai terriblement envie de me serrer contre elle. Elle se lève.

– Je suis vierge.

– Je m’en doutais un peu. J’attendrai le mariage.


Pourquoi ai-je dit ça ?

– Avant d’ouvrir le magasin, il faut qu’on parle sérieusement. Si nous nous marions, il y a beaucoup de choses que je dois te dire.


Révélations innocentes d’une vierge. Elle est gracieuse. Elle me plaît avec sa candeur. Une ingénue qui joue avec le feu. Pourquoi ne pas me marier ? Cela va de soi. Besoin d’une présence réconfortante, besoin d’un corps tiède à serrer la nuit contre moi. Ce n’est pas une mauvaise idée. Et elle n’est pas bête, c’est manifeste.

– Bon, puisque tu es d’accord, demain, j’irai voir le curé pour qu’il nous fixe la date du mariage. Ne traînons pas, je te sens impatient. J’espère que tu es catholique et croyant. Je sais que tu ne vas jamais à la messe, il faudra qu’on en reparle. Parce que pour moi, le mariage à l’église c’est un engagement solennel qui donnera de la force à notre union. Mais avant, nous suivrons la préparation au mariage. D’accord ? Notre mariage durera toute la vie, je le sens. Pas question de divorce, comme ma mère. J’en ai trop souffert. Et puis… il faut en parler… quand nous ferons l’amour, tu utiliseras des préservatifs. Tu les prendras à Bressuire, parce que je ne veux pas que tout le village le sache. Pas de pilule, c’est mauvais pour le cœur et les artères, je l’ai lu. Et le stérilet, ça doit être horrible d’avoir ça entre les jambes. Il paraît qu’on peut le perdre en prenant l’ascenseur.

Elle rougit en disant cela. Audace du propos. Adorable et tellement naïf. Comment une petite vierge peut avoir autant de certitudes ? Pourquoi des capotes anglaises ? J’ai horreur de ça. J’ai besoin de sentir la peau contre la peau. Enfin, on verra. D’autant que je ne connais pas d’ascenseur à Bouzille, et il doit y en avoir peu à Bressuire.

– Comme ça, nous aurons des enfants quand nous l’aurons décidé. J’aimerais bien en avoir quatre. Et toi ?


Bof ! Si tu en veux quatre, tu en auras quatre, ni plus ni moins. C’est toujours la femme qui décide, en persuadant son compagnon que s’il l’aime, il le voudra aussi. Mais les préservatifs, ça non. Il faudra, sans t’effaroucher, que je t’apprenne quelques pratiques très agréables qui ne risquent pas de te mettre enceinte.


– J’ai déjà choisi les prénoms de nos enfants, deux filles et deux garçons. Françoise, Albertine, Charles et Robert. Ils auront deux ans d’écart. Qu’est-ce que tu en penses ?


Rêves de jeune fille en fleurs, à l’orée d’un avenir facile et prometteur. Pourquoi pas ? Mais il faudra reparler sérieusement de la contraception.

– Tu sais où nous habiterons ? Moi je dors ici pour l’instant et ma mère habite la petite maison à côté. Il y a trois pièces. Nous sommes propriétaires. Il faudra qu’elle nous le laisse, elle viendra vivre dans le magasin, ou elle ira chez son ami à Bressuire. Elle attend de me voir caser pour refaire sa vie. À son âge, c’est ridicule. Et ensuite, on fera construire une maison avec un grand jardin, assez près du village parce que je n’ai pas le permis de conduire. Nous nous débarrasserons de tous les vieux meubles de ma mère. Je veux du moderne, facile à entretenir.


Ah bon. Je vais prendre racine dans ce coin perdu. Il faudra que j’abandonne l’espoir d’aller travailler un jour dans une mairie de Paris, et de retrouver mon cher quartier, ma rue Rambuteau ?

– Je ne veux pas que ma mère se sente abandonnée. Elle n’a que moi. Nous irons la voir souvent, elle fait très bien la cuisine. Tu verras, ça te plaira.


Et ma mère ? Est-ce que je la verrai souvent, aussi. C’est vrai que je l’ai un peu oubliée depuis que je suis à Bouzille. Je suis égoïste.


– Il faudra aussi que tu t’habilles mieux. Les jeans, les tee-shirts et le blouson de cuir noir, ce n’est pas bien pour un secrétaire de mairie. Je choisirai tes vêtements. Je veux que tu sois très élégant. Les costumes, avec une cravate, cela devrait bien t’aller. J’aime assez le tissu prince-de-Galles.


Elle m’a complètement pris en main. Pourquoi pas, mais la contrepartie, ce sera sans préservatif. Il faudra qu’elle fasse aussi des concessions. Après le premier gosse, stérilet, point barre. Elle le fera enlever pour le deuxième.

– Bon, maintenant, parlons de tes vieilles habitudes. Il n’est pas question de fumer ni de te soûler. Plus de bistro. Plus de voyage, seul, à Bressuire, pour faire je ne sais quoi. Nous achèterons une voiture pour y aller ensemble si tu ne peux pas te passer de la grande ville. Et tu feras attention de ne pas grossir. L’épicier m’a dit que tu achetais des boîtes de cassoulet et de choucroute, des chips, des rillettes, des barres chocolatées, des paquets de bonbons, tout plein de choses mauvaises pour la santé. Je vais bien m’occuper de toi. Tu verras l’épouse modèle que je serai.


Qu’est-ce que ça veut dire ? De quoi il se mêle cet épicier avec son air débile. Je n’y mettrai plus les pieds. Elle ne trouve pas que ça fait beau-coup pour un premier contact, une sacrée feuille de route, comme on dit maintenant. Qu’elle me laisse souffler un peu.

– Je sais que le futur époux ne doit pas voir la robe de mariée, mais tu me donneras ton avis… Non, je ne crois pas que tu sauras. Et puis, moi je sais ce que je veux.


Ça, je n’en doute pas. Elle se tourne, elle a de jolies fesses dans sa chemise de nuit transparente. Pas touche. Il faut attendre le feu vert. Elle soupire en regardant la pendule sur le mur.

– Bon, c’est pas tout ça, il faut que je me prépare à ouvrir. Me laver, m’habiller, me peigner.


Elle me colle ma veste de pyjama dans les bras et me dit de filer dans ma chambre, de faire ma toilette, je ne sens pas bon. Je rougis.

– Tu penseras à demander un extrait d’acte de naissance pour la publication des bans. Fais vite, il me tarde de vivre avec mon petit mari.


Je suis dans le cagibi de ma chambre, devant le miroir. Les coupures se sont refermées. Il ne restera, de mon coup de folie, que deux cicatrices à peine visibles. Le cutter coupe trop finement. Mes pulsions amoureuses qui m’avaient assailli tout à l’heure se sont apaisées au fil de la discussion. Il ne me reste qu’une boule dans l’estomac.

Voilà, en quelques minutes mon avenir a été gravé dans le marbre. Tout ça pour un désir bestial. Pourquoi n’ai-je pas arrêté le jeu à temps ? Je ne me sens pas capable maintenant de lui dire que je vais encore réfléchir avant de prendre une décision, que cela est trop rapide, que j’ai besoin d’y penser calmement. Évidemment, elle a dû échafauder ses plans depuis longtemps, les peaufiner, les adapter à son goût. Elle avait peut-être jeté son dévolu sur moi quand je suis venu habiter au-dessus de chez elle, et qu’elle me croisait dans la cour aux commodités. Secrétaire de mairie, c’est sérieux, c’est stable avec un salaire, petit certes, mais assuré. La sécurité de l’emploi et le respect des villageois.

Je n’avais pas pensé en faisant mes conneries, hier soir, que ma vie allait basculer. Je ne veux pas lui faire de peine. Je pourrais m’enfuir, aller à Paris, rue Rambuteau, me confier à ma mère. J’enverrais un certificat de maladie. Je connais un médecin qui me donnera bien trois semaines de congé. Et après ? Retour à la case départ. Non, ce n’est pas la solution.

J’en ai marre. Je pleure, j’ai envie de hurler.

Désespoir ou désespérance ? Je perçois, là, brusquement, la nuance qui m’avait toujours échappé. Différence entre un fait et un état. Ce sont les deux à la fois qui pèsent sur moi.

Le cutter est sur la table près de la cuvette et de la serviette durcie par le sang coagulé. Je le regarde, la lame est un peu rouge par endroits. Je pousse le bouton sur la poignée pour faire sortir l’acier sur huit centimètres. Ça brille.

Contre mon cou, c’est froid. Je promène la lame. Il suffirait d’un geste vif, bien appuyé, pour trancher la carotide, quelques secondes et adieu cette vie qui, déjà, fout le camp.


––––-–-RETOUR––––––-

Dans le fichier Dilicom des libraires, et sur Internet

PDF